Comment se faire respecter

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Comment se faire respecter

« La société dans laquelle nous vivons est hypernarcissique et irrespectueuse des êtres humains ». Dans pareil contexte, comment imposer le respect ? Nombreux sont ceux qui éprouvent des difficultés à se faire respecter, que ce soit au travail, dans la famille ou au sein de leur couple. Quel est le contexte de la société actuelle ? Le respect est-il si difficile à acquérir ? Existe-t-il des solutions ?

Se faire respecter n’est pas un acte évident pour tout le monde. Que ce soit au sein du couple, au travail, à l’école ou en famille, imposer le respect ne va pas toujours de soi. Il faut dire que les marques d’irrespect sont nombreuses. Chaque jour, chacun d’entre nous est confronté à de petites marques de non-respect. Se faire bousculer dans une file, subir le klaxon d’un conducteur nerveux, ne pas recevoir en retour le sourire que l’on a donné à quelqu’un, etc. Les mini vexations quotidiennes sont nombreuses.

Il faut dire que l’égoïsme et le narcissisme sont deux concepts clés de la société humaine. L’homme nait seul, meurt seul, et a donc tendance à se concentrer sur sa propre existence. Il  se focalise sur sa vie, ses intérêts, ses petits tracas, et lutte pour son épanouissement personnel. Jusque là, rien de bien surprenant : il est important de s’occuper de soi et de son bien-être. Là où les choses se compliquent, c’est lorsque l’individu tente d’atteindre son bonheur au détriment d’autrui. Lorsqu’il pense à son bonheur personnel en marchant sur les plates-bandes de son voisin pour avoir une vie de qualité.

« L’irrespect, c’est ce qui rabaisse l’autre, le nie dans ses droits, dans sa liberté. Bien sûr, il peut se produire des conduites irrespectueuses totalement involontaires, mais dans l’ensemble cela procède toujours d’une volonté de toucher, d’atteindre l’autre. À l’inverse, le respect, c’est reconnaître à l’autre la même humanité, la même valeur qu’à soi-même.  »

Le respect est, en fait, un concept relativement ambigu. Il exclut toute forme de passion et impose une sorte de détachement souvent difficile à atteindre. Le respect ne va donc pas toujours de soi.

Certaines personnes ne parviennent d’ailleurs pas à acquérir le respect. Jamais. Elles se font sans cesse marcher sur les pieds et s’enlisent dans l’idée que cela ne changera jamais. Souffrant d’une forme de non-respect chronique, elles ne parviennent jamais à recevoir la considération des personnes qui les entourent. Les personnes non-respectées ont des enfants-rois, des conjoints tyranniques, des parents exigeants. Et à force de se faire sans arrêt rabrouer, elles deviennent fatalistes : « Je n’ai jamais de chance », « je ne tombe jamais sur les bonnes personnes », « rien n’ira jamais pour moi. »

Qui est concerné ?

Les personnes qui ne parviennent pas à imposer le respect ont, en fait, un grand besoin d’amour, de tendresse et de reconnaissance. Leur besoin d’amour est plus grand que leur besoin de respect. Alors, pour recevoir un peu d’attention, elles sont prêtes à tout : se rabaisser, tout accepter, mettre leur besoin de dignité de côté. Elles se plient en quatre et tâchent de ne jamais froisser l’autre car elles ont peur de perdre son amour. Elles sont persuadées que pour être aimé, il faut s’oublier et vivre selon les désirs de l’autre, au détriment de ses propres besoins, de ses rêves et de ses aspirations.

Ce besoin démesuré d’être aimé est, en fait, à mettre en corrélation avec la peur du rejet. Les personnes qui souffrent d’irrespect craignent d’être abandonnées. Elles ont peur de perdre l’estime de l’autre et ne savent donc pas dire non. En mettant des limites, en imposant leur point de vue, elles ont peur de provoquer une réaction négative chez l’autre. Une réaction qui entraînerait un abandon ou du rejet.

En fait, notre capacité à réagir, à nous imposer – ou non – repose sur nos complexes et nos craintes les plus intimes. Car, pour inspirer le respect, pour oser s’affirmer, il convient déjà de se respecter soi-même. La peur de déplaire, le sentiment de ne pas valoir grand-chose peut pousser quelqu’un à subir sans réagir les remarques désobligeantes de son entourage ou à demeurer avec un partenaire grossier .

Conséquences

L’oubli de soi a des conséquences désastreuses. Car trop de dévotion entraîne du mépris. La personne qui souffre d’un manque de respect chronique finit par penser qu’en fait, elle ne mérite pas le respect. Son estime d’elle-même chute. Et dans un double mouvement, l’autre se met à le penser également. Lorsque la machine est enclenchée, il n’est plus possible de faire marche-arrière. Au fil du temps, le processus de non-respect devient de plus en plus fort car l’irrespectueux n’est pas dans le souci de l’autre. Il ne prend en compte ni ses émotions, ni ses besoins.

Respect dans le couple

Si la vie de couple est composée de toute une série de facteurs positifs, elle est aussi faite d’échanges, plus ou moins violents : piques, éclats de voix, silences oppressants… L’irrespect dans le couple n’est pas facile à gérer. Un individu peut être d’une exquise politesse en société et à la maison, être totalement irrespectueux envers son conjoint. Il peut être dans le souci de donner une bonne image de lui à l’extérieur et considérer que, une fois rentré chez lui, il peut se vautrer dans l’intimité car il pense qu’il n’a plus d’efforts à faire. C’est aussi cela le manque de respect : prendre ses aises, s’avachir, se permettre…  Se confier auprès de l’entourage devient alors difficile et l’irrespect chronique du conjoint est vécu dans la douleur.

Dans le couples, les marques d’irrespect sont nombreuses et se manifestent sous différentes formes : couper la parole, laisser courir son regard partout pendant que l’autre parle, hausser les sourcils, pratiquer la moquerie permanente…

Il existe, selon l’écrivain Patrick Estrade , deux formes d’irrespect : celui qui naît de la négligence, et celui qui est actif, agressif, et qui apparaît dans ce qu’il appelle les « champs de batailles secondaires ». C’est-à-dire les petits conflits qui n’ont pas été réglés et qui empoisonnent la relation. Chacun se rend la monnaie de sa pièce. Railleries devant les amis, soupirs excédés à la moindre remarque, manque flagrant d’attention…

Le psychanalyste Gérard Bonnet , remarque que les hommes et les femmes ont des manières distinctes d’être irrespectueux. Les premiers seraient plus agressifs, plus directs ; les secondes, plus allusives. « Les hommes écrasent, les femmes déstabilisent, mais la violence est présente chez les uns et chez les autres. Et le grand perdant, c’est toujours le couple. »

Solutions

Avant toute chose, une remise en question est nécessaire. La personne qui souffre de non-respect doit pouvoir l’admettre, et reconnaître qu’en changeant son comportement, la situation peut évoluer de manière positive. La fatalité doit être évitée car elle enferme l’individu dans des croyances pessimistes et fausses. Le respect est accessible à toutes et tous.

Plutôt que de rejeter la faute sur les autres, pourquoi ne pas se prendre en main et relever la tête, en refusant de mettre sa vie entre parenthèses pour satisfaire son conjoint, son parent ou son collègue ? « On ne respecte qu’un homme qui se respecte lui-même », disait Honoré de Balzac.

Maîtriser à la fois l’art de plaire et les codes de l’humour peut également s’avérer bénéfique pour se sortir de situations compliquées.

Dans tous les cas, il ne faut jamais se rendre invisible. Car le sacrifice n’entraîne bien souvent pas de reconnaissance et être trop gentil ne provoque pas la sympathie. Bien sûr, il faut faire attention à l’autre pour s’y adapter. Mais cette adaptation a des limites.

Pour imposer le respect, il faut également oser dire oui et non, exprimer posément notre pensée, notre désaccord, partir quand une situation cesse de nous convenir, ne pas laisser autrui envahir notre bulle, notre espace vital. En fait, pour se faire respecter, il suffit en fait d’être ce que l’on est.

Pouvoir supporter l’effet négatif d’un « non » est également une condition sine qua non au respect. Mais pour certaines personnes, ce sentiment est insupportable et plutôt que de devoir le subir, elles s’écrasent.

Pour imposer le respect, l’attitude corporelle est également à soigner. Il faut faire attention à sa posture physique et à l’intonation de sa voix. « Ce que vous dites parle si fort que je ne peux entendre ce que vous dites », disait le philosophe américain Emerson. Une poignée de main molle, une posture flasque, un visage fermé, un regard fuyant n’inspirent pas le respect.

Ne pas oublier que personne n’a le droit d’imposer à quelqu’un de faire quelque chose qui ne lui convient pas. Chacun a le droit de refuser ce qui le dérange et a le droit de remettre les irrespectueux à leur place. Car le respect s’impose et se gagne .

 

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